NOTRE BELLE POLITESSE D'ANTAN

 HUMEUR

BELLE POLITESSE D'ANTAN

Les formules de politesse consacrées d'antan étaient si belles, si sincères...
Je me souviens qu'avant l'invasion des nouveaux concepts, il appartenait à ceux qui marchent ou à ceux qui arrivent, de lancer à ceux qui étaient assis ou qui avaient précédé, au matin, un simple "Sbah El Khir A3likoum" auquel ceux ci devaient répondre: "Khir ou 3afya" On n'ajoutait ni foull ni ward au « Sabah » parce que à nos yeux, "El Khir" ça comprenait tous les biens, fleurs comprises...
A peine si la personne saluée ajoutait un "N'harek mabrouk" quand la rencontre se faisait au petit matin...
On pouvait bien sûr abréger la formule mais sans trop l'escamoter... Ainsi le "Sbah El Khir" pouvait se transformer en "Kheir Alikoum" ou en simple "A3elkhir"...
Passées les premières heures de la matinée, on utilisait un franc "Essalam 3likoum" auquel il était invariablement répondu par "Salam ou Rahmatou Allah"... on pouvait là aussi et selon le nombre de personnes à saluer, adjoindre un "a khouya" (jamais de akhi ou akhina) ou "ya Djma3a" ou mieux encore "ya Djma3at el Khir" (prononcer "Djma3a" et non "djama3a")...
Si la personne saluée est en plein boulot on se devait de lui dire "Allah I3awnek" (I3awenkoum s'ils sont en groupe) auquel il(s) devai(en)t répondre par un "Yerham Waldik"...
Si la personne est en train de manger on lui dit: "Allah Iqann3ek !" auquel il répondait par "Allah i7adhrek !"...
Le Salam était valable jusqu'au crépuscule... Au delà, on devait dire: "Messelkhir A3likoum" auquel il était répondu par "Kheir ou 3afia" et quand on devait se séparer en journée on se disait "Bqa ou Bqaw 3la Kheir" et on s'entendait répondre: "Fi l'amane!", en ajoutant s'il le fallait un "Allah Issahall" quand l'interlocuteur devait voyager...
Dans le même chapitre, quand on devait commencer à manger ou boire quoi que ce soit, on commençait invariablement par un "besmellah" discret et on terminait par "el hamdullah" en s'essuyant la moustache...
Le rituel s'appliquait aussi quand on devait s'envoyer une gorgée d'eau, de leben ou de selecto pour faire passer le couscous ou la galette... et le voisin devait vous dire toujours aussi discrètement; "bsah'tek" auquel vous devez répliquer par un "issellmek !" ou un "yerham waldik" qu'il pouvait continuer par un "waldiya ou waldik"...
Aujourd'hui, cette tradition séculaire est combattue malgré sa sympathie et sa sincérité.
Au nom de la nouvelle religion à laquelle on veut nous convertir et qui se veut code strict de conduite aussi bien individuel que collectif, on tente d'uniformiser l'accoutrement, l'apparence pileuse, la manière de prier, de manger, de boire, de déféquer, de se laver, de marcher, de s'asseoir, de se soigner, on a même consacré les phrases qui doivent être prononcées dans les incantations... ne s'arrêtant pas en si bon chemin on a rejeté toutes nos formules séculaires de politesse pour les remplacer par des formules elles aussi consacrées et que nous sommes invités (et un jour nous serons forcés) à débiter en arabe classique et non dans les intonations de notre darja...
Qui arrêtera le rouleau compresseur de notre bigote uniformisation?...
Devant les catastrophes qu'ils subissaient ou qu'ils craignaient, nos parents levaient les mains vers le ciel et disaient: "Allah yestorna" ou "Allah Yah'fadh'na"... Et Dieu nous en préservait...
Alors moi je dis: Allah Yestorna !...
Goulou Amine ya Rabb El 3alamine !...
6/10/2014

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