UNE HISTOIRE DE MON VECU

 UNE HISTOIRE DE MON VECU...

Nous sommes en 1973-74... c'est l'hiver. Je viens de sortir du collège, les élèves aussi... Nous allons attendre le "SOUFI" qui viendra d'Alger pour rejoindre Bouira et qui doit nous disséminer le long de la route nationale pour que nous en remontions les pentes jusqu'à nos villages...
L'obscurité descend très vite et le bus n'arrive pas... On apprend qu'il est en panne et qu'il est inutile de l'attendre...
Il fait nuit. Je me crois encore responsable des élèves. Je m'adresse à l'agent de permanence du commissariat de la ville; il avoue son impuissance et me renvoie vers le "sous-préfet"...
Je pénètre dans la grande cour de la Daira... Le planton m'annonce... M. le Sous-préfet sort en bras de chemise malgré la fraîcheur... Il a un regard peu amène...
"Je suis venu vous voir pour trouver une solution aux enfants qui risquent de passer la nuit en ville parce que le car qui les transporte habituellement est tombé en panne"...
- Wash n'dir el Rabbhoum anaya ? Aya emchi ! Rouhou t'k....dou !...
-Saha ! Monsieur le Sous-Préfet...
Il s'avance vers moi, menaçant: " Washnou hadha: saha ! tu n'es pas content ?!...
-Lala M. le Sous-Préfet... c'est parce que je suis trop poli pour vous dire autre chose...
Je tourne les talons et je pars sans lui dire au revoir, le laissant debout dans le hall où il m'avait reçu...
Nous trouvons un GAK ou un Super Galion qui embarque tout le monde et nous rentrons...
Je passe la nuit à ruminer l'insulte que j'ai subie...
Au petit matin je rejoins le collège... A 11 h je vais voir le fédéral du Parti... je lui raconte l'histoire... il me répond que ce Chef de Daira est grossier avec tout le monde et qu'il manque de respect même aux responsables du Parti...
J'enfouis cette humiliation au plus profond de mon subconscient, sachant que la raison du plus fort est toujours la meilleure.
Deux jours plus tard, en pleine ville, une R16 noire s'arrête en bloquant la circulation... c'est M. le Sous-Préfet... "Bonjour M. Adjou... Sma7li pour hier... je ne t'avais pas reconnu..."
"Je vous demande de m'excuser mais j'ai cours, répondis je en regardant ma montre"...
- Je veux te voir ce soir à la Daira me rétorque t'il...
- Vous savez qu'après 17h, il n'y a plus de moyens de transport...
- Yeddik echiffor diali...
A 17h30 je rejoins la Daira... Le Sous-Préfet m'attend dans son bureau, il a une tasse de café à la main, il me la tend...
- Je m'excuse encore une fois, M. Adjou... je ne savais pas que vous étiez enseignant...
J'allais répondre que l'insulte serait donc permise avec le commun du peuple...
- Vous rentrez chaque soir ?
- Oui M. le Chef de Daira...
Il appelle un de ses agents...
- Nonor ! inscrivez M. Adjou en priorité pour un logement...
Il me serre la main et me renvoie vers Nonor non sans me dire que dès que j'aurai terminé mon "inscription" pour le logement, son chauffeur me conduira jusqu'au village...
Je sors de son bureau... je fais quelques pas dans l'obscurité mais au lieu de rejoindre le bureau de Nonor qui doit effectuer des heures supplémentaires parce qu'il fait nuit, je rase le mur et sors de l'enceinte de la Daira...
J'arrive à la route ou j'ai la chance de me trouver un camion au premier lever de pouce.
Je me rentre chez moi avec la satisfaction intérieure de ne pas avoir été acheté...
J'aurai mon chez moi en 2008 après 35 ans d'errance...
Le Chef de Daira est devenu Wali puis Consul... Je suis resté ce que j'étais, c'est à dire moi-même.
19/9/2013

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