FATALISME

 Il était 7h35 quand j'ai franchi le portail de l'usine...

J'ai dérogé, une fois n'est pas coutume, à mon habitude d'arriver au boulot une heure avant l'heure...
Vous allez peut être penser que je vieillis, que je serais souffrant, ou que le froid m'engourdit, ou que j'aurais repris goût au sommeil matinal, ou qu'un glissement de terrain aurait eu raison d'une portion d'autoghoul, ou que je me serais attardé au petit déjeuner, ou que je serais passé saluer Bacha et qu'il m'aurait retenu...
Il n'en est rien !... la cause de mon retard est toute bête: au retour hier de ma tournée à Zemmouri, j'ai laissé par mégarde le ventilateur du chauffage de ma voiture allumé et au petit matin, la batterie était totalement vidée de son jus. Hadha ma kan !
J'ai dû recourir à une autre batterie... et il fallait trouver une voiture à proximité !... mais comme je n'avais pas de rallonge pour faire les shunts nécessaires, j'ai dû enlever ma batterie et mettre l'autre à sa place pour démarrer et revenir au statu-quo ante après démarrage... tout un programme !... un programme qui s'est compliqué par l'absence de clés pour enlever les cosses...
Bref... j'ai perdu une bonne demi-heure à pester contre ma négligence, contre les boulons qui refusaient de s'enlever à la clé à molette ou aux pinces universelles, contre l'obscurité qui m'empêchait de voir, contre cette satanée pluie qui ne voulait pas marquer un répit d'un petit quart d'heure pour me permettre d'éclairer le théâtre de mes opérations à l'aide de la torche de mon téléphone portable et contre mes lunettes qui s'embuaient pour un rien...
Mais malgré toutes ces adversités, je réussis à remporter la bataille et je ne me rendis compte de l'état de mes mains qui étaient noires de cambouis que quand je vis sur le rétroviseur plafonnier, la grosse tache sur mon nez, conséquente à mes fréquents mouvements de l'index pour remettre mes lunettes à l'endroit.
Vous pourriez penser que j'avais l'humeur cochonne en descendant de voiture à mon arrivée à l'usine et que j'étais prêt à mordre le gardien qui n'a pas ouvert le portail à mon appel de phares...



Que non !...
J'ai appris au long de cette vie qu'il faut toujours savoir faire usage de son calme, surtout quand tout vous incite à le perdre... et c'est avec la philosophie fataliste qui a caractérisé ma race depuis qu'elle se distingua des autres races en adoptant sa propre culture et son propre culte que je me dis, pour désamorcer le potentiel de colère qui m'étranglait, que je devais m'accommoder de ce coup du sort que m'avait imposé par la providence...
D'abord parce que mon mauvais sang ne pouvait plus rien y changer et qu'il allait faire plus de tort que de bien à mon taux de glucose et à ma tension artérielle...
Ensuite parce que ce hasard qui décide des contrariétés peut avoir opté pour celle-ci afin de m'éviter une autre contrariété dont les conséquences auraient pu être sans commune mesure avec les petites épreuves que j'ai dû affronter et le faux retard que j'ai accusé...
Qu'Allah nous donne toujours la sagesse qui nous fera relativiser nos problèmes... Goulou Amine !
30/1/2017

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