FATIMA EL MAHBOULA
Elle passait d'un air pressé de fonctionnaire méticuleux et, sans un regard pour les clients, elle se mettait devant l'épicier et marmonnait quelque chose entre les dents...
Ce dernier, connaissant le rituel, lui donnait un bout de papier quelconque et emballait un sachet de sucre, une boîte de café ou un litre d'huile dans un journal et le lui tendait, quand ces denrées ne valaient pas leur pesant d'or, c'est à dire avant l'Infitah de 1989... Après que Ghozali ait fait fonctionner la planche à billet avec la frénésie qu'on connaît et que Ouyahia décida de punir ce peuple de mangeurs en augmentant les prix à la démesure, elle dut se contenter d'un sachet de sel, d'une boite de sardine ou de quelques bonbons...
La mission accomplie, elle fourrait le bout de papier et les échantillons à analyser ou la corruption récoltée ou la redevance en nature versée par le commerçant dans son ample "abboune" et sortait sans saluer... On ne sait pas, à ce jour quel sens elle donnait à ces gratifications...
Son manège était si régulier que les villageois avaient fini par ne plus le commenter...
Depuis quelques années la vieillesse lui a fait courber le dos...
On la voyait traverser parfois le village d'un pas très mesuré, les yeux fixés sur les endroits où elle mettait les pieds et il arrivait que lasse de marcher elle s'affaissât devant la porte de la poste ou de la mairie ou au seuil de l'école ou dans une cage d'escaliers... Elle y restait alors des heures à attendre, l'oeil vague, le baluchon entre les jambes puis elle se levait et rentrait dans l'appartement qui lui fut offert en copropriété avec une autre vieille indigente...
Elle, c'est Fatima EL Mahboula... Une figure du folklore villageois qu'elle anime depuis 1962...
En passant tout à l'heure non loin de Sidi Boubekeur, nous avons vu qu'il y avait foule... Au village un jeune homme nous annonça la triste nouvelle...
Les fossoyeurs creusaient la tombe de Fatima El Mahboula qui s'était éteinte à l'hôpital de Bouira... Un pan du village s'est écroulé... Une partie de son charme a disparu...
Rabbi yerham cette pauvre femme qui vécut sans rien posséder et qui est morte sans rien laisser...
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