EL MADJENE-LOTFI

El Madjene-Lotfi est un des derniers villages agricoles.
Sa construction fut entamée sous Boumediène et son inauguration assurée par Chadli au début des années 80...
J'ai ma petite histoire avec ce village. En effet, deux douars s'y disputaient le nom, chacune voulant lui donner celui d'un de ses Chahids.
Cette situation n'était pas pour plaire a ceux qui voulaient que la visite de Chadli se passe sans remous. Etant réputé à l’époque "anticonformiste" pour ne pas dire iconoclaste, d'aucuns me prêtant des velléités de "pluripartiste", j'étais persona non grata au Parti du Front et le fédéral me tenait à l’œil, consacrant même certaines de ses "halaqates" à ma modeste personne...
Il était clair dans ces conditions que j'étais tout désigné pour servir de bouc émissaire à une situation difficile à maîtriser du fait qu'il fallait trancher entre deux tribus-réservoirs de militants dont le fédéral ne voulait absolument pas s'aliéner les sympathies...
On eut l'idée du complot et comme de bien entendu, c'était moi qui en était l’instigateur tout désigné... ce n'était pas pour renverser Chadli, cela aurait été peu crédible mais juste pour chahuter sa visite et c'était déjà un crime irrémissible...
On cita parmi les conjurés un de mes frères, réputé loup blanc lui aussi et qui sévissant comme moi sur la toile, peut apporter son témoignage.
Nous fûmes convoqués par les forces de l'ordre quelques jours avant la visite présidentielle. Mon frère y répondit et fut averti qu'en cas de moindre perturbation du programme de Sid Erraiss, nous aurions à en payer le prix et un prix fort... Ma convocation fut remise à un de mes très nombreux homonymes puisque chez nous chaque couple doit, pour montrer son attachement à sa religion, donner à un de ses enfants le prénom du Prophète QSSSL.
Maintenant que les temps ont coulé, que le Parti du Front est devenu une risée nationale avec les frasques de ses fondés de pouvoir, que Chadli a réussi à mourir de mort lente, je peux vous avouer que cette histoire était cousue de fil blanc de bout en bout...
Elle ne fut pas la seule puisque à l'époque c'est le Wali en personne qui somma mon directeur général de me libérer du poste de directeur d'une petite unité industrielle que j'ai occupé durant 6 mois seulement parce qu'il aurait reçu un "rapport défavorable du Parti"...
Là aussi, je jure par Dieu qu'à ce jour je ne sais rien de ce qu'on pouvait me reprocher...
Cinq ou six années plus tard, dans les méandres de la forêt Errich, le maire de la commune, où se situe ce village agricole, M. Ali Lachehab me rappela l'histoire de la tentative de subversion dont j'avais été le héros sans que je le sache et me promit de m'en livrer les tenants et aboutissants... il ne tint pas sa promesse et je ne sais pas, jusqu'à aujourd'hui qui fut derrière ce montage...
Le village agricole fut baptisé du nom d'El Madjen-Lotfi pour qu'il n'y'ait pas de jaloux et il est à la recherche de son âme comme toutes les agglomérations construites d'un bloc et non graduellement... j'y fais presque chaque jour mon marché car on est presque toujours assuré d y trouver du lait de vache à défaut de sachets de lait reconstitué...
Sur le minaret de sa mosquée un couple de cigognes a élu domicile et vient chaque année augmenter la population de ce sympathique échassier de deux nouveaux membres...
On dit que là où nichent les cigognes, les commerçants ne volent pas leurs clients au poids... je peux attester que ceux qui le disent, disent vrai parce que j'ai toujours l'impression que les deux kg de tomates que j'achète de chez mon ami Fatah pèsent au moins une livre de plus que les deux kg que j'achète de mon village où la cigogne a déserté depuis belle lurette le minaret de la mosquée...








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