CETTE TERRE QUI ME PARLE

Gbor En'sa... Les tombes des femmes. C'est ici, dans ce passage à gué de Oued Djelada. 

C'est par ce raccourci que je rejoignais El Mouilha ou se situent nos terres ancestrales pour ramener des figues fraîches de notre figueraie. 

J'ai très souvent emprunte ce chemin à l'aube fraîche des jours d'automne, avec mon cousin Mahfoud, "kachwala" à la main. J'avais 12 a 15 ans et c’était un itinéraire pénible de 8 km en aller-retour mais on ne s'ennuyait pas en l'empruntant car on allait de surprise en surprise. Un chacal qui, oreilles dressées, museau espiègle, nous regardait du haut d'une proche colline, une escadrille de perdrix qui décollait de sous nos pieds en faisant un bruit d'ailes pétrifiant, un orvet qui courait devant nous, s’arrêtait, levait la tète pour voir si nous étions toujours là, puis reprenait sa reptation empressée, des mures sauvages, noires luisantes qui s'offraient à nous en belles grappes, une toile d’araignée luisant de gouttes de rosée et la maîtresse des lieux encore engourdie qui s'accroche a ses fils... 

Nous remplissions nos panier en roseaux, les recouvrions de feuilles de figuiers et redescendions en prenant notre charge alternativement à la main et sur l’épaule en ressentant les démangeaisons que nous causait "hlib el karma" (le lait du figuier) quand il se déposait sur notre peau. 

Partis à la prière de l'aube, nous revenions bien après le lever du soleil et c’était pour moi un plaisir ineffable de voir ma mere choisir des figues vertes (elle n'aimait pas les noires), mures au point d'avoir des stries blanches sur la peau, et en manger en s'en délectant... 

Nous passions par Gbor En'sa à l'aller comme au retour mais sans trop parler de la légende qui affirme qu'en ces lieux, six femmes revenues de "soug en'sa" (le marché des femmes) qui se tenait dit on la haut sur la montagne de Bouya3la, furent interceptées à leur retour et tuées par des coupeurs de route. 

L'histoire n'en dit pas plus. Retrouvées dans la journée ou quelques jours plus tard, ces femmes auraient été enterrées en cet endroit, mais aucune pierre tombale ne vient témoigner de l'existence d'une quelconque sépulture... 

Je vous raconte tout ça pour que vous compreniez l'immense privilège qui m est donne de continuer a vivre en cette région qui m a vu naître et où chaque rocher, chaque arbre, chaque source, chaque jujubier, chaque détour de chemin peut m entretenir de son histoire...






2015
Commentaires
  • Amel Boutaa Un bonheur ineffable.

  • Mohamed Adjou Je ne te le fais pas dire !
  • Djamel Djameld Extraordinaire Si Mohamed, tout ce qui est ancien venant de nos parents, a une valeur inestimable, et une chance de les avoir, relativement, je revois également mon enfance dans des champs de figuiers de mes ancêtres dans un village qui ressemble au votre (Toudja), situé au pied d'une montagne, pourvu de pleins de sources d'eaux naturelles, d'arbres fruitiers de toute sortes, au fait, chaque village a son charme, sa spécificité, sa richesse, qui fait de notre beau pays l'Algérie, unique au monde. J'avoue que j 'aurai aimé avoir un figuier dans mon jardin ici à Montréal ,mais malheureusement ça tiendra pas avec le froid glacial de l'hiver, les seuls arbres que j'ai sont, l'érable, frêne, cèdre, épinette, bouleau, pommier, vigne.... Saha S'horek. MERCI

  • Nadia Belkacem tu le racontes si bien , on se sent happés dès la première phrase lue on a envie de continuer merci pour ce partage
  • Wahida Belkacem Toutes ces "légendes " rendent ces lieux encore plus magiques. Et tu nous contes tout cela avec une grande élégance, on s'en délecte.

  • Nacer Ouramdane Magnifique histoire ! Elle donne effectivement une forte impression de ta grande familiarité avec ces espaces.
  • Abderrahman Hanichi Vos récits du terroir , si Mohamed Adjou , sont aussi délicieux que les figues de vos terres ancestrales d' " Elmouilha ". Un plaisir de vous lire merci .

  • Nadjib Stambouli Rarement, pour ne pas dire jamais, je n'ai vu des écrits qui nous rendent notre Algérie profonde avec autant de fidélité, de passion et d'amour de la terre, que ceux de Mohamed Adjou. Merci mon ami. Après les avoir connus à travers le talent de tes mots, arrivera le jour où tu me feras connaitre ces champs, de vive vue et de vifs sens...

  • Benmehidi Sami Je lui répéterai jusqu'à ce qu'il s'en lasse et me vire, qu'il faut faire une compilation de tous ses écrits, et les mette en page. On veut tout cela en livres !
  • Ines Hamid Il faut inonder les éditeurs. Je ne sais pas comment mais il faut trouver un moyen, c'est trop injuste.

2017
Commentaires
  • Malika Ould Madi Très belle plume Mr Adjou !! Que faisiez- vous avant la retraite . ?? Ces écrits ont été publiés dans quel journal ??
    • Mohamed Adjou J'ai toujours écrit... du plus loin que je me souvienne... J'ai écrit sous mon propre nom et/ou sous pseudos dans nombre de journaux des années 90 puis 2000... "le Chroniqueur", "l'Hebdo Libéré", "El Manchar", "Algérie Confluences"... j'ai perdu 80% de mes textes... je m'essaie depuis ma retraite de sauvegarder ce que je peux sauvegarder et ça m'occupe agréablement... j'avoue que je me retrouve dans mes écrits les plus anciens, ce qui me permet de les publier sans rien retirer et sans rien ajouter...

    • Benmehidi Sami L'équipe d'El Manchar, c'était du temps d'Aider et de quelques uns de la SNED du temps de MéQideche ?
  • Menouar Meslem Bravo ami Moh c'est un plaisir de vous voir relater les événements tels qu ils étaient depuis si longtemps
  • Benmehidi Sami C'est du Mohamed "Victor-Hugo" Adjou
    • Mohamed Adjou n'exagérons pas ya Si Sami

    • Benmehidi Sami J'ai écrit ce que j'ai écrit, parce que c'est le premier sentiment qui m'est venu à l'esprit. Je ne calcule pas. Je dis les choses comme elle viennent. Très ému en lisant ces mots, qui m'ont tellement rappelé un monde révolu, un monde simple, heureux...
      Voilà.....
  • Benmehidi Sami Moi, tout ça, ça me parle dans ma chair. Toute mon enfance..........
  • Bellahoues Mohammed Très belle plume. Bravo et merci monsieur Adjou pour le voyage, un vrai retour vers notre jeunesse.
  • Nadia Afnoukh Merci mon ami....je suis partie loin dans mes souvenirs !

  • Jackline Fergoug je suis une fille de la ville mais j'ai des odeurs des paysages plein la tête

  • Zoubida Berrached Très belle plume et vous savez manier les mots ... belle promenade
  • Aziz Sid allah ibarek bache ma en3aynekche car moi c'est plutôt un déracinement continuel

  • Mohamed Adjou C'était du temps de Mahfoud Aider, Tennani etc...
  • Khaled Ziri Merci pour vos chroniques champêtres aussi savoureuses que vos figues .
  • Said Sakhraoui Vous écrivez tellement bien que tout le monde voyage avec vous


2019
Commentaires
  • Ismahane Hamdi-Egler Marcel Pagnol s'est réincarné en vous 😂. Quelle joie de lire ces quelques lignes qui nous font voyager avec vous jusqu'à sentir le parfum des figuiers et des pins 😊
  • Messaoud Dermouche Bonjour M. Adjou , vous me rappelez l'enfance car j'empruntais ce chemin matin et soir quand j'étais logé chez mes oncles maternels à Oued Djellada et me rendais à l'école primaire de Ben Haroun . C'était en 1969 .
  • Menouar Meslem Bravo votre récit me touche énormément et ne rappelle mon enfance c est exactement la même chose pour moi juste les noms des terres et des chemins différent .
    Bonne journée et longue vie à vous dans la paix le bonheur et la santé
  • Samia Benidir C’est un tel plaisir de vous lire! c’est la nostalgie qui nous prend.... merci

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